Points

  • Le cerf vit mille ans. Le sanglier porte ses cornes dans sa bouche. Les papillons sont des fleurs qui volent. L'écureuil est un animal diabolique, paresseux, lubrique, avaricieux. La zoologie médiévale n'est pas la zoologie moderne. Plusieurs notions qui nous sont aujourd'hui familières sont alors inconnues : insecte, mammifère, cétacé, domestication, etc. En outre, la frontière est floue qui sépare les animaux réels des animaux chimériques et les animaux domestiques des animaux sauvages. Le Moyen Âge est très bavard sur l'animal. Et, à cet égard, les bestiaires enluminés en sont de riches témoignages.

    Agrémenté de 62 illustrations, cet ouvrage s'intéresse à la composition des bestiaires médiévaux et engage une étude thématique des espèces où sont décrites leurs propriétés physiques et morales, leur dimension symbolique et religieuse, mettant en lumière différentes histoires, croyances ou anecdotes les concernant.

  • Longtemps en Europe, le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent de l'homme. Les cultes dont il a fait l'objet plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère ont laissé des traces dans l'imaginaire et les mythologies jusqu'au cour du Moyen Âge chrétien. De bonne heure, l'Église chercha à les éradiquer, effrayée par la force brutale du fauve, et surtout par la croyance selon laquelle il était sexuellement attiré par les jeunes filles.
    Michel Pastoureau retrace les différents aspects de cette lutte de l'Église contre l'ours pendant près d'un millénaire : massacres, diabolisation, humiliation et promotion du lion sur le trône animal. Inscrivant l'histoire culturelle de l'ours dans la longue durée, il tente ainsi de cerner ce qui, jusqu'à nos jours, a survécu de son ancienne dignité royale et retrace l'étonnante transformation d'un fauve en ours en peluche, dernier écho d'une relation passionnelle venue du fond des âges.

  • À la lueur du feu crépitant, Sal est songeuse. Voilà plusieurs jours que l'adolescente a commis l'irréparable : tuer son beau-père avant qu'il ne s'en prenne à Peppa, sa petite soeur adorée. Armées d'un barda de robinsons, les deux gamines se réfugient dans la forêt. Échapperont-elles indéfiniment au monde ? Pas d'inquiétude, jeunes filles. D'une survie démunie, une richesse pourrait se faire jour.

  • Places royales et faubourgs brumeux, enceintes, barricades et passages, c'est la trame serrée des quartiers parisiens qui organise cette déambulation proposée aux flâneurs des rues et des livres. On y voit naître, au rythme des enceintes successives, l'éclairage public, l'enfermement des pauvres et des fous, le numérotage des maisons, les terrasses de cafés et la police de proximité. Du Marais des Précieuses au XIe arrondissement des « branchés », on assiste aux migrations de la mode, à l'apparition de microvilles dans la ville, celles de Scarron, de Des Grieux, de Desmoulins, de Rubempré et de l'autre Lucien, le polytechnicien Leuwen, celles de Gavroche, de Baudelaire et de Manet, d'Apollinaire, celles encore de Nadja, de Doisneau ou d'Anna Karina.
    Mais les vrais héros du livre, ce sont des anonymes, les architectes du désordre qui, de génération en génération, se sont transmis l'art d'empiler les magiques pavés, au faubourg Saint-Antoine en prairial an III, au cloître Saint-Merry en juin 1832, au clos Saint-Lazare en juin 1848, à Belleville en mai 1871, au Quartier Latin en mai 1968, démontrant à chaque fois et plaignons ceux qui croient la série close la force de rupture de Paris.

  • Le détail du monde ; l'art perdu de la description de la nature Nouv.

  • Dans une fable illustre, Borges a montré que deux textes littéralement indiscernables pouvaient constituer deux oeuvres différentes, voire antithétiques. Arthur Danto étend ici à l'ensemble des pratiques artistiques cette interrogation : le même objet peut être ici une vulgaire roue de bicyclette, là une oeuvre (Roue de bicyclette, par Marcel Duchamp) cotée à cette Bourse des valeurs esthétiques qu'on appelle le « monde de l'art ». Une telle transfiguration montre que la spécificité de l'oeuvre d'art ne tient pas à des propriétés matérielles ou perceptuelles, mais catégorielles : l'oeuvre possède une structure intentionnelle parce que, figurative ou non, elle est toujours à propos de quelque chose.

  • Les animaux souffrent comme nous. Comme nous aussi, ils jouissent du bien-être. Mieux que nous parfois, ils s'imposent par la ruse et l'intelligence. Comment continuer à les traiter comme des « choses » dont on se contenterait de condamner l'abus ? Mais faut-il pour autant leur accorder des droits, et si oui lesquels ? Et qui veillera à leur application ?
    Pour répondre à ces questions et à tant d'autres, Boris Cyrulnik l'éthologue, Élisabeth de Fontenay la philosophe, Peter Singer le bioéthicien croisent leurs regards et confrontent leurs savoirs sur la question animale.
    La voie est tracée pour que le législateur s'attelle à la rédaction du contrat qu'il nous faut maintenant passer sans délai avec nos frères en animalité, au nom de la dignité humaine.

    Boris Cyrulnik est éthologue et neuropsychiatre.
    Élisabeth de Fontenay est philosophe.
    Peter Singer, fondateur du Mouvement de libération animale, enseigne la bioéthique.
    Karine Lou Matignon est journaliste et écrivain.
    David Rosane est ornithologue.

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